Pour cet édito, j’ai fait le choix de ne pas réagir à l’actualité politique du moment. Parce que ce n’est que du théâtre, que l’intrigue est éculée et que les comédiens ne sont pas bons. Cela fait cinquante ans que la classe politique, à de trop rares exceptions près, se désintéresse royalement de la France millénaire et de la nation, le détricotage en règle de l’esprit et de la lettre de la Constitution en témoigne. La seule chose qui occupe la caste politico-médiatique tient en une expression : plan de carrière. Et si la France a un incroyable talent, c’est avant tout celui de recycler ses vieux barbons politicards et de s’obstiner à mettre en avant les premiers responsables de la loose générale et du déclassement du pays. Le plus tragique dans cette comédie mortifère, c’est que la génération montante est puante de bêtise, sans culture historique, sans conviction et sans vision.
J’ai préféré vous parler d’autre chose, même si, à bien y réfléchir, le sujet rejoint l’affligeant spectacle des postures « politichiennes« . L’édito aurait pu avoir pour titre « la règle n°1 ». Mais à quoi bon fixer des règles qu’on n’a pas les moyens de faire appliquer ? Ainsi la France, pays des normes à gogo, est aussi un gros producteur de lois qui sont rarement promulguées in extenso et pas forcément applicables en l’état des moyens mis en oeuvre ; et quand bien même, elles font rarement l’objet de contrôles et d’évaluations. L’inflation législative est telle qu’il n’est pas rare qu’un député propose une loi… qui existe déjà, et ce, depuis longtemps… sauf qu’elle n’est jamais appliquée dans les faits. Une règle a de sens, uniquement quand elle s’impose à toutes les personnes concernées, et tout le temps. Or, et pour autant qu’on se donne les moyens de l’appliquer, ce que l’on sait d’une règle, c’est que, tôt ou tard, elle a vocation à être transgressée. Y compris les règles imposées par la Nature. Parce que le monde dit « civilisé » est devenu fou !
Au concept de règle, je préfère celui de « conseil ». Avec réticence, je l’avoue, puisque mon vécu professionnel m’a fait toucher du doigt une réalité psychologique qui ne s’est jamais démentie, jusqu’à présent du moins. De manière générale, un individu n’accorde de valeur à un conseil qu’à hauteur du prix qu’il a payé pour l’obtenir. Suivant ce principe, un conseil avisé, donné à titre gracieux, compte pour du beurre face à un avis, à l’évidence stupide, mais facturé au prix fort. J’envisage donc de mettre prochainement un lien avec un mode de financement du genre Tipeee afin de vous éviter ce genre d’erreur funeste. Je plaisante, encore que…
Mon premier conseil est essentiel, en cela qu’il est à la base de toute structuration de la pensée réellement individuelle : « ne prenez rien pour argent comptant ».
Au cours de mes années d’exercice au titre d’agent du renseignement, j’ai eu à connaître d’évènements qui ont fait l’objet d’une couverture médiatique. Le moins que je puisse dire est que l’information diffusée à destination du grand public était souvent légère sur le compte-rendu des faits et contestable sur l’analyse qui en était faite. Autrement dit, s’il n’était pas intentionnellement leurré, le citoyen ne pouvait y trouver son compte. A l’heure où la question du consentement s’invite jusque dans le lit des couples « légitimes », on pourrait d’ailleurs débattre sur le réel libre-arbitre du citoyen et autre consentement éclairé de l’électeur au moment de voter. La quasi unanimité des médias de masse lors du référendum de Maastricht et de la Constitution de 2005 en dit suffisamment long sur le sujet. S’agissant de mon expérience passée, il est superflu de préciser que les travestissements de la vérité n’étaient pas motivés par un souci de préserver les sources d’information ou un quelconque intérêt national, à court ou long terme.
Il se trouve que j’ai eu la chance de pratiquer des activités multiples et variées au cours de mes diverses vies professionnelles. J’ai donc eu l’occasion de discuter avec moult représentants des dits métiers et tous m’ont fait part de ce même constat : ce qui est rapporté par les médias adopte un biais qui n’est pas représentatif de l’exacte réalité d’un fait, d’un dossier, d’une pratique, d’un évènement. Aussi, je suppose que, de votre côté aussi, il vous est arrivé d’expérimenter, de temps à autre, un décalage plus ou moins marqué entre votre savoir et le compte-rendu porté à l’attention du grand public. C’est une tendance lourde, qui ne se dément que très rarement – souvent d’ailleurs grâce aux apports de médias dits alternatifs. Ce n’est pas forcément révélateur d’une conspiration ou d’un complot hourdi par quelque élite ayant un intérêt à défendre ; c’est surtout un état d’esprit : l’information est trop précieuse pour être partagée telle quelle.
Nous vivons désormais à l’ère de l’information pléthorique, et de ses nombreux travers. Il devient impossible de trier le bon grain de l’ivraie. Sur les réseaux sociaux, il existe maintenant des « youtubeurs » qui font profession de lire et commenter les nouvelles du jour, à défaut de savoir décrypter l’information réelle qui navigue entre le dit et le non-dit. Tout cela concourt à ce que l’on ne doive plus rien prendre pour argent comptant.
Prendre un recul salutaire sur le discours ambiant revient à ériger le doute en boussole de vie. Malheureusement, le cerveau de l’être humain a beaucoup de mal à gérer l’incertitude ; c’est trop déstabilisant. Au plan psychologique, l’individu préférera donc toujours se référer à une semi-vérité qu’il sait friable plutôt qu’à évoluer dans le brouillard récurrent du doute. Cet inconfort est d’autant moins soutenable que la société – entendre par là les castes élitaires qui la supervisent – encourage l’ancrage des certitudes non étayées et la reproduction de vérités toutes faites. Parce que la mise au doute, à l’échelle individuelle, représente, pour tout groupe constitué, une déviance qui constitue le préalable à la désobéissance.
Si la parole politique est aujourd’hui à ce point démonétisée, c’est parce qu’une très grande majorité de citoyens doute de la compétence des gouvernants (et de ceux aspirant à le devenir) à régler leurs problèmes, quand elle ne considère pas que les acteurs du show en sont souvent à l’origine. Et si les médias ont largement perdu en crédibilité, c’est parce qu’il est devenu évident qu’ils défendent, avant tout, des intérêts privés et catégoriels, ou bien qu’ils adoptent des postures idéologiques bien plus qu’ils ne relatent des faits.
Ne rien prendre pour argent comptant revient à frotter ses neurones de sorte à jauger, du haut de son expérience, du bon sens paysan ou d’un simple effort de réflexion, la véracité acceptable d’un discours ou d’un « fait rapporté ».
Il existe un détail qui peut et doit vous alerter : l’unanimisme. Quand une sphère d’influence défend une position en arguant d’un consensus non discutable, il peut y avoir doute. Et quand des voix dissonantes sont vouées aux gémonies, que des opposants se voient disqualifier par reductio ad Hitlerum, ou que le débat contradictoire que ceux-ci souhaitent initier est systématiquement refusé, alors il doit y avoir doute. Cela vaut pour tous les domaines de la connaissance, monde scientifique inclus. Lorsque le « monde autorisé » s’accorde à dire « qu’il n’y a absolument rien à voir », c’est que quelque chose cloche quelque part. Ce n’est pas être complotiste que de vouloir éprouver une vérité auto-entretenue, sans faits probants pour l’appuyer.
J’aurai sûrement maintes fois l’occasion de revenir sur l’épisode Covid. Vous objecterez qu’il est facile après-coup de refaire le match quand on en connait tous les détails. Vous avez raison. Reste que la gestion Covid a été exemplaire pour ce qui est de mon conseil n°1.
Pourquoi fallait-il douter du discours gouvernemental et de ses relais « scientifiques » ? Simplement parce que cette parole était viciée dès le départ. L’absence de toute communication au Parlement- siège de la représentation du peuple-, ainsi que la convocation d’un Conseil de défense, un organe dont les délibérations sont amenées à rester confidentielles pendant des décennies sous couvert du confidentiel-défense, rendaient le processus décisionnel éminemment suspect. Et je ne parle même pas de l’intervention, dans la boucle décisionnaire, de cabinets de conseil, dénués de toute expertise « médicale » ou « épidémiologique » mais très liés, professionnellement et financièrement, au Big Pharma.
Si nous savons qui a décidé en dernier ressort, aucune information nous indique qui a décidé quoi en premier ressort ? Sur la base de quelles informations, obtenues à partir de quelle(s) source(s) ? Quels furent les intervenants extérieurs ? Comment étaient prises les décisions en dernière instance ? Sur quel fondement ? Quant au trop fameux Conseil scientifique, vendu au grand public pour être l’organisme ad hoc ayant pour mission d’éclairer le gouvernement dans ses prises de décisions, sur quelles bases véritables a-t-il été constitué ? Sans faire injure à ses membres, il paraît évident que l’expertise en matière de virologie et d’épidémiologie a été largement sous-évaluée au profit de compétences inadaptées aux circonstances et/ou aux objectifs assignés. Quoi qu’on pense du professeur Raoult, et bien avant toute la polémique instrumentalisée par Olivier Véran autour de la Chloroquine, il faut bien remarquer que son refus d’apporter sa caution au Conseil en dit long sur l’expertise véritable du Machin.
Ne rien prendre pour argent comptant est exigeant. Mais c’est le prix de votre première liberté, celle de penser par vous-même.
Commentaires