Le bonheur s’appréhende, une leçon à méditer

Editorial

Nous connaissons tous de ces moments de grâce qui nous rapprochent du concept de bonheur. De ces joies simples, de ces instants hors du temps où tout est absolument parfait. Ils forgeront les souvenirs que nous aimerons convoquer de plus en plus souvent, à mesure que l’âge avance.

Et plus ces plaisirs furent simples, et plus ils nous auront marqués. Enfin, c’est ce que j’aime à croire ; il faut dire aussi que je n’ai jamais trop fait dans l’exubérance des nouveaux riches pour savoir ce qu’il en est, de ce point de vue-là. Je postule seulement que la simplicité repose sur une base de sincérité qu’un luxe superfétatoire ne nous permet pas de cultiver.

En revanche, il est une chose que j’ai touchée du doigt et sur laquelle je veux revenir ici : pour mémorables qu’ils deviennent, ces moments sont rarement vécus comme tels, en conscience, à l’instant où ils se produisent. Que l’on soit alors dans l’action ou dans la contemplation, nous ne prenons pas le recul nécessaire pour réaliser combien tout est alors parfait. Nous profitons pleinement de ce temps privilégié, mais, en même temps, nous ne le percevons pas réellement pour ce qu’il est et pour ce qu’il représente. Ce n’est qu’après, voire bien plus tard, que l’on comprend à quel point c’était vraiment bien. Beaucoup en tireront alors de la nostalgie, voire des regrets pour ne pas en avoir profité, plus ou mieux. Ce n’est pas mon cas, car cet état d’esprit m’est étranger. Non que je considère que le meilleur reste forcément à venir, mais je préfère voir la partie du verre qu’il me reste à remplir plutôt que celle qui contient les choses d’un passé forcément révolu.

Je sais d’expérience qu’il n’est jamais bon d’essayer de revivre ce qui ne peut plus être, puisque toute notre vie n’est qu’un enchaînement de changements, voulus, subis, contraints. Une leçon que j’ai apprise dans ma prime vingtaine pour avoir voulu retourner au camping municipal qui avait hébergé mes premières vacances en solo. La boutique qui vendait des produits locaux, à base de vrai foie gras et autres rillons de canard dont j’avais fait mes diners sous la tente, avait disparu ; tout comme les aires dédiées aux tentes et caravanes, remplacées par des herbes folles. Un triste terrain vague, c’est tout ce qu’il subsistait.

La prochaine fois que vous vous sentirez pleinement heureux, ou simplement parfaitement bien, en harmonie avec ce qui vous entoure – comme on pourrait le lire dans certains magazines – prenez un instant pour vous féliciter de vivre ce moment. Ayez conscience de ce cadeau éphémère qui vous est fait. La satisfaction que vous en retirerez sera alors bien plus intense.

Le pur bonheur n’est pas un but ; il n’est pas même le chemin ; tout juste des points d’étapes qu’il serait judicieux de conscientiser pour les apprécier d’autant plus, pour les vivre intensément et ainsi ne jamais regretter qu’ils passent irrémédiablement et ne soient jamais plus. Cela vous mettra dans les meilleures conditions pour saisir le moment suivant, autre, différent, quand il passe près de vous !  

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